La nomination d’une militante de longue date au poste de ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes devrait, en principe, être perçue comme une victoire symbolique pour la cause féministe. Elle représente souvent l’aboutissement d’un engagement constant auprès des femmes vulnérables, des victimes de violences et des mouvements sociaux. Pourtant, dans certains cas, cette ascension provoque critiques, campagnes de discrédit et remises en question.
Derrière ces attaques se cachent parfois des divergences idéologiques légitimes. Le féminisme n’est pas un bloc homogène ; il existe plusieurs courants, plusieurs visions et plusieurs stratégies de lutte. Mais lorsque les critiques quittent le terrain des idées pour devenir personnelles, malveillantes ou opportunistes, elles finissent par fragiliser la solidarité que le mouvement prétend défendre. Certaines personnes développent également une conception sélective du féminisme : elles soutiennent les femmes tant que celles-ci restent dans l’opposition ou dans les espaces militants, mais deviennent hostiles dès qu’elles accèdent à des fonctions de pouvoir. Comme si une femme engagée perdait automatiquement sa légitimité en entrant dans les institutions publiques.
Cette attitude peut aussi révéler des rivalités politiques, des frustrations personnelles ou une difficulté à accepter qu’une femme issue du militantisme puisse exercer une autorité nationale. Dans des sociétés marquées par la polarisation et les luttes d’influence, même les combats pour les droits humains n’échappent pas aux divisions.
Critiquer une ministre est légitime dans une démocratie. Mais il existe une différence fondamentale entre l’évaluation objective d’une action publique et l’acharnement systématique contre une femme dont le parcours militant est pourtant reconnu depuis des décennies. Le véritable féminisme ne devrait pas se transformer en tribunal permanent contre les femmes qui accèdent à des responsabilités. Il devrait plutôt encourager le débat, l’exigence, la cohérence, mais aussi la reconnaissance des luttes menées et des avancées obtenues. Car affaiblir systématiquement les femmes engagées dans les sphères de décision risque, au final, de décourager d’autres femmes de participer à la vie publique. Le combat féministe gagne en crédibilité lorsqu’il défend les principes de justice, de solidarité et de dignité pour toutes les femmes, y compris celles qui exercent le pouvoir.
