À l’origine de cet ajustement, une flambée exceptionnelle des prix des produits raffinés sur le marché international. Entre le 28 février et le 27 mars 2026, le kérosène a enregistré une hausse de plus de 100 %, le diesel de 85 % et la gazoline de 48 %, sans compter les frais liés au transport et à l’assurance.
Cette situation s’explique en grande partie par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, une région stratégique pour la production mondiale de pétrole. Pour un pays comme Haïti, entièrement dépendant des importations, toute variation des prix internationaux se répercute directement sur le coût d’approvisionnement.
Un mécanisme de fixation partagé
Depuis la libéralisation du secteur pétrolier en 2021, l’État haïtien n’importe plus directement le carburant. Cette responsabilité incombe désormais aux compagnies privées regroupées au sein de l’Association des Professionnels du Pétrole (APPE). En revanche, l’État conserve la prérogative de fixer les prix à la pompe.
Ce processus repose sur plusieurs paramètres, a savoir prix international, coûts logistiques, fiscalité, marges des importateurs et frais de distribution. Le tout est encadré par un nouveau dispositif introduit par le décret du 27 mars 2026, visant à rendre les ajustements plus transparents et prévisibles.
Le rôle clé du Conseil consultatif
Au cœur de ce dispositif, un Conseil consultatif de suivi analyse régulièrement l’évolution du marché et formule des recommandations. Il regroupe des représentants de l’État, du secteur privé et des syndicats du transport, avec pour mission de trouver un équilibre entre trois impératifs : garantir l’approvisionnement, préserver les finances publiques et limiter l’impact sur les consommateurs.
Dans le cas présent, la hausse envisagée s’accompagne d’un effort partagé. L’État, les importateurs et les distributeurs sont appelés à réduire leurs marges afin d’éviter un choc trop brutal pour la population. D’où ce plafond de 950 gourdes, qui traduit une volonté de contenir la hausse sans ignorer la réalité économique.
Entre contrainte et régulation
Cette nouvelle augmentation illustre la fragilité du modèle haïtien face aux chocs externes. Elle met aussi en évidence les limites de l’intervention de l’État, qui ne peut plus subventionner massivement les carburants sans risquer un déséquilibre budgétaire.
Pour les consommateurs, la hausse est inévitable. Mais pour les autorités, l’enjeu est désormais de crédibiliser le nouveau mécanisme , garantir que les baisses internationales se traduiront aussi, à l’avenir, par une diminution des prix à la pompe.
En somme, Haïti se trouve à la croisée des chemins entre contraintes globales et efforts de régulation interne, dans un secteur où chaque décision peut rapidement devenir une question sociale majeure.
