Le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des groupes armés en Haïti n’a pas encore été officiellement lancé, alors que les autorités s’emploient à en finaliser les bases institutionnelles.
Les membres de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CNDDR) travaillent actuellement à des réformes internes jugées nécessaires à la mise en œuvre du programme. Peu d’informations ont toutefois été rendues publiques quant à la nature de ces changements et au calendrier prévu.
Selon plusieurs sources, le lancement du programme DDR devrait coïncider avec les opérations de la Force de répression des gangs (FRG). Pour l’heure, les responsables de la CNDDR évitent de détailler leur feuille de route dans les médias.
La coordinatrice de la commission, Guerda Prévilon, a indiqué que l’institution se trouve encore en phase de structuration, précisant qu’aucune communication officielle n’est envisagée à ce stade.
La Colombie, partenaire clé
La Colombie entend jouer un rôle de premier plan dans l’accompagnement d’Haïti dans ce processus. Si le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a évoqué l’intérêt de plusieurs États pour soutenir la démobilisation, Bogotá apparaît comme un partenaire privilégié en raison de son expérience en la matière.
Une délégation de l’Agence colombienne pour la réintégration et la normalisation (ARN) est attendue en Haïti à partir du 4 mai 2026 pour une mission d’une semaine. Les experts colombiens doivent partager leur expertise avec leurs homologues haïtiens.
Selon l’ambassadrice de Colombie en Haïti, Vilma Velásquez, l’ARN est une institution reconnue dans son pays pour son rôle dans la consolidation de la paix après des décennies de conflit armé.
La mission bénéficie du soutien des Nations unies, notamment du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), qui fournit un appui technique à la CNDDR.
Un modèle axé sur la réintégration
Le programme colombien met l’accent sur la réconciliation nationale, l’inclusion sociale et la construction d’une paix durable.
L’ARN accompagne les anciens membres de groupes armés dans leur réintégration à la vie civile, en prenant en compte des dimensions telles que l’éducation, le soutien psychologique et l’insertion économique.
Des dispositifs d’appui à la création d’entreprises sont également mis en place, avec un suivi sur plusieurs années afin de limiter les risques de rechute dans des activités illégales. Selon l’ambassadrice, d’anciens guérilleros sont aujourd’hui devenus des exportateurs de café et de cacao.
Les activités culturelles, notamment la musique et la danse, font aussi partie des outils de réinsertion.
Un contexte sécuritaire en évolution
En Haïti, les derniers mois ont été marqués par un recul des gangs sous la pression des forces de sécurité. Plusieurs quartiers de Port-au-Prince, notamment dans le centre-ville et à Delmas, ont été repris, permettant à des milliers de déplacés de regagner leurs habitations malgré des conditions difficiles.
Dès février 2026, le chef de la police, Vladimir Paraison, avait souligné l’absence d’un mécanisme structuré de démobilisation. De son côté, le représentant du secrétaire général de l’ONU avait insisté, dans un rapport publié en début d’année, sur l’urgence de mettre en place un dispositif de réintégration, notamment pour les enfants et adolescents impliqués dans les gangs.
Parallèlement, la CNDDR et ses partenaires ont récemment lancé une campagne de sensibilisation dans les médias, appelant les jeunes à déposer les armes et à s’engager dans un processus de formation et d’insertion professionnelle.
LLM/Radio Métropole
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