Les émissions culturelles diffusées sur la bande FM ont longtemps constitué l’une des principales vitrines de promotion de la musique haïtienne, et ce, depuis les années 1960. Toutes les stations de radio proposaient au moins une émission musicale animée par un présentateur chargé de créer l’ambiance, de diffuser des morceaux, de présenter de nouveaux titres et albums, de fournir des informations sur les artistes et les groupes musicaux, d’annoncer les soirées à venir et de rendre compte des événements organisés durant le week-end écoulé.
Aujourd’hui, la musique haïtienne semble perdre cet atout majeur, progressivement remplacé par des émissions de divertissement faisant principalement la part belle aux invités.
Il n’y avait pratiquement pas de grille de programmation radiophonique sans émissions musicales animées par des professionnels qui se donnaient pour mission de créer une ambiance, de divertir, de former et d’informer leur auditoire. Dès les années 1960, des animateurs défendaient déjà la musique haïtienne, en particulier le compas, créé par Nemours Jean-Baptiste en juillet 1955. Eddy Zamor figure parmi les pionniers de cette génération. Non seulement il présentait les groupes musicaux lors des soirées, mais il contribuait également à leur promotion sur la bande FM.
Dans les années 1970, Ulrick (Rico) Jean-Baptiste a pris la relève, poursuivant notamment le travail de promotion musicale auquel Eddy Zamor avait contribué, aux côtés du groupe de Nemours Jean-Baptiste.
Plusieurs journalistes ayant marqué l’histoire de la radiodiffusion en Haïti ont commencé leur carrière comme animateurs de radio. Jacques Sampeur en est un exemple. Il importe également de rappeler que Bob Lemoine a exercé dans l’animation radiophonique, tout comme Lionel Benjamin, qui a fait ses armes à Radio Métropole et à Haïti Inter.
Dans les années 1980, une nouvelle génération d’animateurs a émergé. Parmi eux figuraient Félix Lamy, d’abord à la Radio nationale, puis à Galaxy ; Jean-Exerne Morné, l’un des animateurs les plus anciens encore en activité à la Radio nationale ; Fritz Jean, passé par Radio Progrès et la Radio nationale ; Jean Camille, à Magic ; ainsi qu’Allen Lucien, qui a travaillé à Radio Progrès avant de rejoindre Radio Ginen.
Dans les années 1990, alors que la musique haïtienne connaissait un essor important et que de nombreux groupes se tournaient vers le marché floridien, plusieurs animateurs ont continué à défendre et à promouvoir la production musicale nationale. On peut citer, entre autres, Ghandi Cham et Jean-Claude Gilles, à la Radio nationale ; Joe Solon, à MBC ; Marc Anderson Brégard, à Caraïbes FM ; Joe Dams, à Radio Métropole ; Luckner Désir, à Vision 2000 ; Lionel Guillaume, à Magik 9 ; Bernier Sylvain et Philippe Saint-Louis, à Galaxy ; Edner Jean, à Radio Métropole ; Freud… ; Edrice Dallys ; Josias Pierre à radio Ibo ; Jacques Lacours, à Mélodie FM ; ainsi que Stéphane Lacroix, passé par la Radio nationale et Radio Métropole.
Au début des années 2000, une nouvelle génération d’animateurs a fait son apparition dans le paysage radiophonique haïtien. Rood Mix s’est illustré à Radio Ginen, tandis que Bruno Pierre et Evens Jean ont évolué à Radio Solidarité. Jean Mary Simon a marqué RCH 2000, tandis que Guerrier Guy Webern est passé par Planète Kreyòl, Vision 2000 et Visas FM. Woodnave Leroy a évolué à Planèt Kreyol et à Énergie FM, Ruben Le Chauve et Olrich Desgranges dit K-Mike, à RCH 2000, Michel Joanel à RCH 2000, Huguens Le Boss et Aris Jean-Louis à RFM, Cadet Jean Junior et Vital Jean Wislin à Radio Scoop, Akinson Bélizaire dit Zagalo ainsi que Jean Robert Raymond à la Radio nationale d’Haïti.
D’autres noms méritent également d’être mentionnés : Patricia Latour et Eugeline Deller, à IBO ; Ruth Occéan, à Mélodie FM ; Magdalie Jean-Louis, à Caraïbes FM ; Prince L’Oiseau ; Fredly Jean-Baptiste ; Ladouceur Mejuste ; Marc Evens ; Miguelson Féquière ; Jude Gilot et James Jovin, à Radio Ginen ; Ed César ; Roberto Dorneval; Sexy Rhomy; Césaire Cheristin Ferdinand dit Mass Deseign à Planèt Kreyol puis à RFM; Carel Pedre, associé notamment à Radio Planèt Kreyòl et à Radio One ; ainsi que Hervé Laplante.
Cette liste n’est pas exhaustive. Elle illustre néanmoins le rôle joué par plusieurs générations d’animateurs dans la promotion de la musique haïtienne depuis les années 1960.
Avec l’avènement des nouvelles technologies et d’Internet, les habitudes de consommation musicale ont profondément changé. Les émissions spécifiquement consacrées à la promotion de la musique haïtienne, à l’analyse des textes et des productions musicales, ainsi qu’aux comptes rendus détaillés des soirées semblent avoir perdu du terrain. Trop souvent, la couverture musicale se réduit à des interventions dans lesquelles certains animateurs règlent leurs comptes avec des groupes ou des artistes.
À travers leurs émissions, certains animateurs s’en prennent régulièrement aux artistes, critiquent sévèrement leurs productions et tiennent parfois des propos dévalorisants à leur égard. Ces pratiques contribuent à créer des tensions entre les professionnels de la radio et les acteurs de l’industrie musicale.
Plus préoccupant encore, certains animateurs semblent privilégier les intérêts d’une formation musicale au détriment d’une autre, allant jusqu’à chercher à discréditer des groupes concurrents. Dans ces conditions, la promotion musicale risque de perdre son objectivité et de devenir un instrument au service de rivalités entre artistes.
La musique haïtienne peut-elle encore compter sur ses animateurs pour favoriser son rayonnement ? La question mérite d’être posée. Lorsque les analyses, les interviews et les choix de promotion dépendent davantage des intérêts personnels des animateurs ou de leurs affinités avec certains groupes que de la qualité des œuvres, c’est toute l’industrie musicale qui en pâtit.
Il devient donc urgent que les stations de radio renouent avec cette tradition en intégrant à leur programmation des émissions musicales animées par des professionnels engagés dans la promotion de la culture haïtienne. Ces espaces devraient permettre de découvrir de nouveaux talents, de présenter les productions récentes, d’analyser les textes, de valoriser les artistes et de rendre compte de la vie musicale du pays.
La musique haïtienne constitue un puissant vecteur d’expression culturelle et un moyen de donner davantage de visibilité à Haïti sur la scène internationale. À ce titre, les médias radiophoniques ont un rôle essentiel à jouer. Il est temps de redonner aux émissions d’animation musicale la place qu’elles méritent dans le paysage médiatique haïtien.
Richarson Bigot
richardsonwiltesbigot@gmail.com
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