Moïse Jean-Charles et Jean-Henry Céant : la bataille des revenants

Cette confrontation a surtout remis en évidence une réalité que les principaux intéressés semblent avoir du mal à reconnaître : ils appartiennent, eux aussi, à un passé politique que la crise haïtienne a profondément dépassé.

Moïse Jean-Charles, ancien sénateur du Nord et candidat à plusieurs échéances électorales, tient un discours largement axé sur la souveraineté nationale et la dénonciation de l’influence étrangère. Mais après des années de présence dans l’espace politique, une question demeure : au-delà des dénonciations et des prises de position, quel bilan peut-il réellement présenter ?

Jean-Henry Céant, ancien Premier ministre, n’échappe pas davantage à cette interrogation. Son passage aux responsabilités appartient désormais à l’histoire politique récente du pays. Ses interventions publiques sont donc naturellement confrontées à son propre parcours et aux résultats de la période durant laquelle il a exercé des responsabilités au sommet de l’État.

Plus frappant encore, leur échange donne l’impression que chacun cherche à rappeler à l’autre les limites de son passé, sans véritablement mesurer que cette critique pourrait leur être retournée. Ils semblent se combattre comme s’ils étaient encore les acteurs incontournables d’une scène politique qui, entre-temps, a profondément changé.

Le problème n’est donc pas simplement de savoir lequel des deux peut mieux critiquer l’autre. Il est de se demander si leurs discours correspondent encore aux attentes d’une population qui a vu défiler des gouvernements, des parlementaires, des candidats et des promesses, sans que sa réalité quotidienne ne s’améliore véritablement.

Haïti n’est plus exactement le pays politique dans lequel ces deux hommes ont construit leur carrière. Les repères ont changé, tout comme les exigences de la population. Les anciennes formules, les affrontements entre figures connues et les promesses de renouveau ne suffisent plus à convaincre une société épuisée par l’insécurité, la pauvreté et l’effondrement des institutions.

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