« Perdre un visa ne me fait pas peur », affirme Leslie Voltaire, qui annonce la poursuite du dialogue pour l’après-7 février

Le conseiller-président Leslie Voltaire, ancien président du Conseil présidentiel de transition (Cpt), relativise les pressions américaines ayant conduit au retrait des visas de cinq membres de l’organe de transition, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre un dialogue politique afin de dégager une formule consensuelle de gouvernance après la fin du mandat du Cpt, prévue le 7 février prochain.

Ces déclarations interviennent après que cinq membres du Cpt ont voté, le mercredi 21 janvier 2026, une résolution visant à révoquer le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, malgré les mises en garde des États-Unis, appuyées par le Canada, l’Union européenne, la France, l’Allemagne et l’Espagne.

« Perdre un visa ne me fait pas peur. Le visa est un avantage, pas une sanction », déclare Leslie Voltaire dans un message publié en français et en créole sur son compte X, consulté par AlterPresse, alors que Washington renforce ses pressions à l’encontre de responsables haïtiens.

S’exprimant dans un registre personnel et historique, Leslie Voltaire soutient qu’un pays ne s’effondre pas uniquement sous l’effet d’une invasion étrangère, mais surtout lorsque « la peur remplace le courage chez chaque citoyenne et chaque citoyen ».

Selon lui, ce qui pourrait réellement l’effrayer ne serait pas la perte d’un visa, mais le fait que son pays perde « sa liberté, sa souveraineté et sa dignité, au point de ne plus pouvoir regarder le reste du monde dans les yeux ».

Il affirme que tant qu’existeront des femmes et des hommes partageant cette vision politique, « Haïti restera vivante, libre et digne ».

Le dialogue comme option politique

Se définissant comme « un homme de dialogue », Leslie Voltaire dit préférer « l’arme de la dialectique à la dialectique des armes ».

Il annonce la poursuite des échanges avec les acteurs politiques et sociaux afin de « rechercher un consensus permettant de dégager une formule de gouvernance acceptable, qui ne soit pas un irritant pour la communauté nationale et internationale ».

Ce dialogue, lancé le 18 janvier 2026 par les autorités de transition, n’a pas encore abouti, dans un contexte marqué par la criminalité persistante des gangs armés et une crise humanitaire aiguë.

À ceux qui s’y opposent, Leslie Voltaire lance : « Qui a peur du dialogue ? »
Il indique que d’autres acteurs politiques et de la société civile ont accepté de rejoindre les discussions dans les prochains jours.

Consensus politique, sécurité et élections

Pour Leslie Voltaire, l’absence de consensus politique demeure un obstacle majeur, y compris à la mobilisation d’un appui sécuritaire international.

Il souligne qu’« aucun pays n’enverra ses enfants se battre en Haïti » tant que la classe politique restera divisée.

« Si l’objectif est de trouver une solution haïtienne crédible, il faut être cohérent », affirme-t-il, appelant à « rétablir l’ordre dans le chaos et construire le consensus indispensable ».

Il rappelle qu’Haïti « n’a pas d’amis permanents, seulement des intérêts permanents », ce qui impose, selon lui, des dirigeants capables de défendre prioritairement les intérêts du pays.

Mise en cause du rôle du premier ministre

Leslie Voltaire critique également le rôle actuellement attribué au premier ministre dans la gestion de la transition.

Selon lui, ce dernier « aurait dû être un acteur du dialogue national, mais il est devenu un otage de l’international, chargé de maintenir seul la transition après le 7 février et d’organiser les élections », une orientation soutenue, estime-t-il, par certaines autorités internationales.

Le 22 janvier 2026, le Département d’État américain a qualifié d’« illégale » toute tentative du Cpt de modifier la composition du gouvernement, estimant le maintien du premier ministre « essentiel » à la lutte contre les gangs armés et à la stabilisation du pays.

Il s’interroge ainsi sur la capacité d’un premier ministre « qui ne doit sa survie qu’à la protection des puissances étrangères, qui menace au lieu de rassembler, à prétendre encore servir Haïti ».

Refus d’élections sous pression étrangère

Leslie Voltaire met enfin en garde contre toute élection organisée sous contrainte extérieure.

« Aucune élection n’est possible sous la pression des étrangers. Lorsque l’international choisit nos dirigeants, le peuple haïtien devient un simple figurant sur sa propre terre », affirme-t-il.

Il rejette l’idée de construire la paix « avec des bulletins de vote sous influence ou avec des armes venues d’ailleurs » et appelle, à l’approche du 7 février, à une décision collective pour « écrire une solution haïtienne, ouvrir la voie à de véritables élections démocratiques et démontrer que la dignité d’un peuple peut résister à toutes les pressions ».

 

 

Source:  APR

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