Quand le CPT redessine le pouvoir pour mieux s’y accrocher

À l’issue des assises, les initiateurs ont adopté comme principale résolution la mise en place d’un exécutif bicéphale, articulé autour d’un Collège présidentiel et d’un chef de gouvernement. Une proposition qui, loin de rassurer, alimente davantage les inquiétudes quant à la volonté réelle du CPT de respecter les engagements pris dans le cadre de la transition.

Selon le document final présenté par Clovis Obas, ancien parlementaire du Parti haïtien tèt kale (PHTK) aux Cayes, le Collège présidentiel serait composé de trois personnalités issues respectivement du Conseil présidentiel de transition, de la Cour de cassation et de la société civile. Cette nouvelle formule viserait à garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire national et à créer un environnement favorable à l’organisation d’élections crédibles.

Mais pour une large frange de l’opinion publique et de la classe politique, ces arguments peinent à convaincre. Près de deux ans après son installation, le CPT est accusé de n’avoir produit aucun résultat tangible, notamment sur les plans sécuritaire, politique et institutionnel.

Trois membres du Conseil présidentiel de transition — Edgard Leblanc Fils, Louis Gérald Gilles et Leslie Voltaire — ont pris part aux assises. Ils figurent également parmi les initiateurs des trois journées de dialogue, une situation qui renforce les soupçons de conflits d’intérêts et de verrouillage du pouvoir par les mêmes acteurs.

De nombreux critiques estiment que la proposition d’un nouvel exécutif ne constitue rien d’autre qu’une tentative déguisée de prolongation du pouvoir, en violation de l’esprit, voire de l’accord ayant conduit à la création du CPT. Au lieu de préparer la sortie de la transition, les membres du Conseil s’emploient à redessiner les règles afin de se maintenir aux commandes de l’État.

Pendant ce temps, la population continue de réclamer, sans ambiguïté, le départ du Conseil présidentiel de transition. Aux yeux de nombreux citoyens, le CPT a failli à sa mission première : rétablir un minimum de sécurité, stabiliser le pays et créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections.

Cette situation n’est pas sans conséquences sur le terrain sécuritaire. Ce mardi 3 février, le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andresol, a alerté sur les effets des turbulences politiques actuelles. Selon lui, l’instabilité institutionnelle oblige la Police nationale et les autres forces de sécurité à détourner leurs ressources humaines et matérielles de la lutte contre les gangs armés afin d’assurer la protection de sites stratégiques, au détriment des opérations offensives.

Dès lors, une question s’impose : les membres du CPT sont-ils conscients de l’impact de leurs manœuvres politiques sur les priorités du moment ? En décidant de ne pas respecter l’accord ayant conduit à la création du Conseil présidentiel de transition, ne jouent-ils pas avec le feu, compromettant à la fois l’avenir du pays et les fragiles efforts en matière de sécurité ?

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